Qui va se souvenir d'elle sinon moi...la seule, la dernière avec mon petit stylo feutre à écrire son nom sur mes cahiers. Les êtres s'effacent, on a beau conserver leurs rêves dans des caisses d'ébène, graver leur nom dans la pierre, ça ne dure que la vie des survivants... Le souvenir se garde au c½ur, dans un petit coin... le visage, l'image ne durera que ce que va durer votre existence... un passage, une passade de je ne sais quel dieu féroce. Alors, on s'accroche à son papier, on griffonne, on s'efforce de faire revivre. Une entreprise de fou, tout est déjà en charpie, tout s'enfloue, se déforme... une photo qu'on extirpe d'un carton jauni, brulé par le temps. Le papier ça meurt aussi, ça dure un peu plus que les roses...
Dans les films, on envoie le flash-back... l'héroïne mourante sort de son lit en toussant, crachotant le reste de ses éponges, une sublime musique accompagne sa frêle...frêle silouhaite... elle se glisse, déjà fantôme, vers la porte d'un grand salon et le coup de baguette magique du chef lui redonne l'éclat de ses dix-huit ans. Elle se contemple la jeunesse en robe à panier. ça virevolte autour, les beaux jeunes gens en officier de hussard, les autres mignonnes... les rires. Le tour est joué, cet amour va revivre son drame, son mélo, re-respirer ses camélias. Simple fiction... On ne revit jamais rien, on rafistole, on raccroche ceci cela...il faut faire marcher coute que coute l'histoire cause de déceptions, que le flonflon des froufrous, lui, il s'en fout. Du positif il veut, elle veut...
Surtout elle si difficile à satisfaire, capricieuse de nature et romantique au fond du fond, prête à chialer à mesure des lignes... des péripéties larme a l'½il.
Retourner au début, à cette fameuse lettre que j'ai écrite. Je retarde l'échéance de mon mieux, je n'y peux rien, je fais semblent. La reproduire serait sans importance, pourtant...On pressent d'un seul coup tout le reste, que la mort est déjà la...que tout ce qu'on va tirer entre temps ça sera pour la frime...la biographie...
Je m'éveille ou ? Au bord d'une route....avec mon cher griffon, peut-être mon premier amour...qui sait.
Laurie K.
